La colline aux coquelicots : L’avis critique d’un Nerd
Posté le July 18, 2012 par SoPa1978
Date de sortie cinéma : 11 janvier 2012
Date de sortie DVD/Blu-ray : 4 juillet 2012
Réalisateur : Gorō MIYAZAKI
Avec (V.O.) : Masami NAGASAWA, Junichi OKADA, Keiko TAKESHITA, …
Avec (V.F.) : Alexandra GARIJO, Rémi BICHET, Rémi CAILLEBOT,…
Production : Japon
Genres : Animation, Drame, Romance, Comédie
Durée : 91min
Année de production : 2011
Editeur : Buena Vista/Studios Ghibli
Titre Original : コクリコ坂から (Kokuriko zaka kara, Depuis la colline aux coquelicots)
Region : 2
Fiche IMDb (France) : http://www.imdb.fr/title/tt1798188/
Synopsis : Umi vit à Yokohama sur la colline aux Coquelicots, avec son frère et sa soeur, dans la pension de sa grand-mère. Umi ayant perdu son père pendant la guerre de Corée et sa mère étant souvent en déplacement pour son travail, elle s’occupe presque seule de la pension et de sa famille. Cela ne l’empêche pas d’être une très bonne élève au lycée Konan où elle étudie et où le jeune Shun tente d’attirer l’attention des lycées, avec ses camarades, sur l’avenir incertain de leurs clubs du Quartier Latin. Shun et Umi se lient d’amitié et Umi aide comme elle peut les membres du Quartier Latin à remettre sur pied le bâtiment poussiéreux. Alors que Shun et Umi se rapprochent, une vieille photo va semer le trouble dans ce couple naissant.
Tout d’abord soyons clair, Gorō MIYAZAKI n’est pas son père. Si son premier essai en tant que réalisateur n’a pas connu le succès escompté, on comprend ici que ça a sûrement à voir avec l’héritage difficile qui est le sien. En effet, si son premier film était dans la veine d’un Ghibli classique, reprenant une trame et une histoire écrite par Hayao MIYAZAKI, avec La colline aux coquelicots on a le droit à un film plus personnel et une histoire bien différente de ce à quoi les studios Ghibli nous ont habitué pour leurs longs métrages. La colline aux coquelicots raconte un conte simple, sans fantaisies, ancré dans une période précise de l’histoire moderne du Japon, avec des personnages communs et une atmosphère mélancolique, loin donc des contes et merveilles tel que Mon voisin Totoro, Nausicaa de la vallée du vent, ou encore Princesse Mononoké. Et pourtant, la sauce prend et l’on se laisse aisément bercer par cette petite page de vie et ses personnages attachants. On sent que Gorō MIYAZAKI a appris de ses erreurs et nous prouve ici qu’il sait lui aussi nous conter des histoires et nous faire voyager.
L’histoire tourne autour d’Umi MATSUZAKI et de Shun KAZAMA deux lycéens de Yokohama (grande ville portuaire de la banlieue sud de Tokyo) peu de temps avant les jeux olympiques de Tokyo, en 1964. Umi MATSUZAKI est un personnage typiquement japonais, une jeune fille qui, ayant perdu son père marin pendant la guerre de Corée, s’occupe de sa famille et de la pension tenue par sa grand-mère. Elle est très sérieuse et réussit tout ce qu’elle entreprend. Son chemin va croiser Shun au travers du journal de l’école et du vieux bâtiment qui sert aux différents clubs du lycée : Le Quartier Latin. Tous les deux semblent être attirés l’un par l’autre, mais une photo du passé viendra semer le doute dans leur idylle. Autour d’eux gravitent plusieurs personnages secondaires drôles et/ou attachants, mais très peu d’entre eux forcent le trait, comme c’est souvent le cas dans les longs métrages d’animation. On a le droit ici à des portraits réalistes, tout en ayant cette touche si particulière aux studios Ghibli. Gorō MIYAZAKI a, semble-t-il, voulu retranscrire de façon réaliste et nostalgique une période qui lui tenait à coeur.
Je vois dans ce film plusieurs symboles qui lui donnent une dimension très personnelle. Tout d’abord, le bâtiment du Quartier Latin semble représenter les studios Ghibli, remplis d’histoires, de caractères propres, de talents ou encore d’envies différentes, mais si tout le monde s’affaire à entretenir son propre espace, dans l’ensemble, le bâtiment est une ruine poussiéreuse et vouée à être détruite et remplacée. Cela fait plusieurs années que Hayao MIYAZAKI cherche un remplaçant, quelqu’un pour prendre la relève, mais il est difficile pour lui de laisser la main. Son fils donne ici l’impression qu’il veut montrer à son père que rien ne peut le remplacer, mais que ce qu’il a créé lui est propre et que si son fils doit prendre la relève, il le fera à sa manière, avec ses histoires et son univers, tout en gardant la touche Ghibli. Ici, pas de musique de Jō HISAISHI, mais une sélection musicale originale qui colle parfaitement à l’époque à laquelle se déroule le film, entre rock yéyé, valse et jazz. Ici, pas de personnage imaginaire tel un Makkuro Kurosuke dans Totoro mais des personnages de fictions qui aurait pu exister. Ici, pas de fantaisie ou de légende mais des actions basées sur la vie de lycéens des années 1960 dans une région en pleine expansion et au bord d’un révolution estudiantine. Bref, ici ce n’est pas Hayao qui dirige, c’est Gorō, et si certains habitués des productions Ghibli pourraient être deçus de ne pas retrouver la magie qu’ils ont connus dans les précédentes réalisations, les autres pourraient être agréablement surpris par la fraîcheur de ce vent nouveau, qui souffle comme les drapeaux qu’Umi hisse tous les matins, à la mémoire de son père.
J’ai pu voir ce film dans sa version DVD et je dois dire que je suis très étonné par la qualité de l’image (16:9 d’origine) qui n’a rien à envier à une version Blu-ray. C’est propre, c’est net, les couleurs sont magnifiques et procurent une chaleur toute particulière au film. La bande originale est splendide et retranscrit parfaitement l’ambiance pop et jazzy des années 1960. La plupart des textes des chansons ont été (ré)écrits par le réalisateur, ce qui y apporte une touche encore plus personnelle. Le doublage est de très bonne facture et la traduction plutôt bonne. Dommage cependant que l’on ait pas réussi à retranscrire les “jeux de mots” autour des prénoms, en effet, Umi a une soeur et un frère qui s’appelle respectivement Sora et Riku, ce qui signifie Mer, Ciel et Terre. D’ailleurs, dans la version japonaise, les amis d’Umi l’appellent “Meru” (le mot français “Mer” prononcé avec l’accent japonais). Ce film est également un très bon exercice pour l’oreille de celui qui apprend le japonais, les dialogues sont clairs, les doublages sont assez naturels et les personnages parlent de façon posée et calme. Pour les bonus, ils ne sont pas très nombreux sur le DVD que j’avais en ma possession, uniquement le storyboard, disponible en deuxième angle de vue. Le Blu-Ray et l’édition DVD Prestige en offre beaucoup plus.
Pour conclure : Si les studios Ghibli nous ont habitué à la féerie, aux mondes des rêves et à la fantaisie infantile, Gorō MIYAZAKI signe ici une oeuvre au scénario un peu simpliste mais bien plus terre à terre et réaliste ce qui n’est pas pour nous déplaire. Loin d’être parfait, ce film nous donne envie de voir le Monsieur encore au travail, avec ou sans son père, mais surtout avec la même énergie et liberté qu’il a pu avoir pour ce film, comparé à sa première réalisation. Comme je l’ai dis au début de cette critique, le fils n’est pas le père et c’est tant mieux pour lui et pour nous. On sent ici une fraicheur nouvelle, une envie de se démarquer tout en montrant où se trouvent ses racines et l’on est en droit d’attendre la venue d’un tronc nouveau, solide et plein de branches aussi merveilleuses que les plus belles productions de la première génération Ghibli. A noter, que ce film est basé sur un manga du même nom que je n’ai pas lu, je ne peux donc pas vous dire jusqu’à quel point il s’en inspire. Pour nos lecteurs Québecois, sachez que le film sort au cinéma en Amérique du Nord en mars 2013, je vous recommande donc chaudement d’aller le voir en salle si l’occasion se présente.










