Non les jeux vidéo ne sont pas morts – Part 0

Posté le September 24, 2012 par

Ce soir, je ne peux m’empêcher de réagir à l’article de Cyril Devret intitulé “Le jeu vidéo est mort ce soir – Part II” et posté sur Gameblog. Je ne peux m’en empêcher car si je comprends le fond de son article, je ne suis pas d’accord avec son idée générale, non le jeu vidéo n’est pas mort et ce ne sont pas les nouvelles tendances qui vont le faire disparaître ou les nouveaux supports qui vont l’amener à sa perte. Le jeu vidéo évolue, le jeu vidéo n’est pas qu’un et ce n’est pas être un “vieux con” que de penser ce que Cyril pense ou un “jeune réac” si l’on vient à penser différemment de lui.

Son constat part d’un article de Kotaku (http://goo.gl/QlBM7) basé sur des chiffres publié par IGN qui statue que 70% des jeux présentés au Tokyo Game Show étaient des jeux pour téléphones et/ou tablettes. Hélas ce constat n’est pas une nouveauté ni une surprise. En 2001, lorsque je suis allé à mon premier Tokyo Game Show et alors qu’en France, on découvrait les joies du “WAP” sur nos Nokia monochrome, le Japon était en plein boom iMode, offrant un accès à Internet comme jamais et, avec, une panoplie d’applications et de jeux inimaginables encore, en dehors de l’archipel. Il y avait donc un énorme stand NTT Docomo avec des jeux sur téléphone, qui s’est vu prendre de l’importance au fil des années, accompagné par la concurrence. Même les stands des développeurs historiques offraient des jeux sur téléphones en démonstration, parfois des titres originaux, mais le plus souvent des adaptations sur mobile. L’arrivée de l’iPhone et de sa concurrence n’a fait qu’amplifier le mouvement déjà bien lancé, à l’échelle japonaise comme à l’échelle mondiale. Et ce que l’on appelle le casual game aujourd’hui correspond, pour beaucoup, à ce qui se faisait en matière de jeux grand public durant l’ère des premières consoles (et ordinateurs) de jeux.

Couac ! Couac ! Couaaaaaaac !!!

Angry Birds, on y jouait déjà, ou presque, sur Philips Videopac avec Smithereens, où l’on balançait à tour de rôle un boulet, à l’aide d’une catapulte, sur le château adverse. Les jeux vidéo ont commencé par être de simples divertissements, sans fond ni forme, avant de voir venir une vraie concurrence, de nouveaux supports, de nouvelles possibilités et un véritable intérêt développés par les joueurs mais aussi par les investisseurs qui voyaient là une nouvelle poule aux oeufs d’or. On connaît tous (ou du moins, on devrait) le sort malheureux de nombreuses sociétés qui se sont lancés dans le jeu vidéo durant la première génération, au début des années 80, et si ce n’était pas l’arrivée un peu tardive de Nintendo sur le marché américain avec la NES, la poule aurait pu se retrouver avec le ventre ouvert. L’arrivée de Nintendo relança une roue qui perdait de la vigueur et son évolution sur le marché de la deuxième moitié des années 80 annonçait la couleur du jeu vidéo moderne. Avec Mario et Zelda, les joueurs pouvaient suivre une histoire tout en s’amusant, ils n’étaient plus esclaves d’un score à battre, mais pouvait connaître des émotions plus fortes que le simple fait d’arriver au bout, ou de devenir le meilleur de son entourage à un jeu. Puis la concurrence s’est également (re)développée, SEGA, NEC, dans un premier temps, puis le matériel à évolué, 8, 16, 32, 64bits… et puis on a finit par arrêter de compter. Le jeu est passé de la 2D à la 3D, la manette a évolué également, prenant diverses formes, rajoutant plusieurs boutons et sensibilités. Pourtant, les moyens de contrôle d’un jeu ont souvent été variés même si la manette restait le principale accessoire.

Rappelez-vous de vos packs deluxe pour la NES avec son robot et son pistolet infra-rouge, ou bien les lunettes 3D et le pistolet de la Master System. Et que dire de ce qui est sorti au Japon pendant l’ère Famicom, un tapis de jeu type Dance Dance Revolution, un micro et un kit karaoke, un modem pour jouer en ligne (oui, bien avant Internet), des lunettes 3D également, comme sur Master System, il y avait même un micro intégré dans l’une des manettes de la Famicom de base au Japon. Tout cela a plus ou moins bien marché et l’histoire n’a conservé dans ses manuscrits que ceux qui ont connu un succès mérité, ou pas. Car l’histoire ne retient que certains noms, que certains faits, que certaines visions des choses, et cette même histoire nous dira si les détecteurs de mouvements ou les écrans tactiles finiront par apporter une réactivité suffisante et un contrôle suffisamment précis pour mettre un coup de frein à la bonne vieille manette. De toutes façons, la manette n’est pas toujours le meilleur support pour de nombreux jeux, comme les FPS qui restent plus jouable sur une combinaison clavier/souris ou un Singstar avec un micro (là, l’exemple parle de lui même). Le jeu vidéo n’est pas qu’un, le jeu vidéo n’est pas que Mario ou Sonic, le jeu vidéo a connu plagiats et wannabes, mais surtout, le jeu vidéo, comme le cinéma, compte un nombre important de catégories et avec elles, de sensations et de plaisirs différents. On ne joue pas à un jeu de football comme on joue à un simulateur de vol, on ne joue pas un jeu musical comme on joue à un jeu de baston, on ne ressent pas la même chose devant un Zelda ou un Bomberman, on ne s’amuse pas de la même façon tout seul ou avec une bande de copains, on ne réagit pas de la même façon en groupe qu’en ligne. Bref, il n’y a pas qu’un seul jeu vidéo, il n’y a pas qu’un seul plaisir, il y en a des milliers et lorsque l’on parle de plaisir, tout le monde n’y trouve pas le sien au même endroit.

Facture téléphone non comprise…

On parle en effet de jeu vidéo comme si il n’existait qu’une seule catégorie de jeu, pourtant on ne parle jamais de cinéma sans faire référence à la catégorie d’un film. J’ai toujours du mal à dire “j’aime les jeux vidéo”, car ce n’est pas vrai, j’aime certains types de jeux vidéo et il y a de nombreuses catégories auxquelles je ne touche jamais et c’est vrai pour tout le monde. Sans parler de joueurs hardcore ou de joueur casual. Je ne touche jamais aux jeux de sports par exemple, qu’importe le sport. Je joue rarement aux jeux de rôles ou aux simulations, encore moins au RTS, par contre, je m’éclate sur un bon jeu de baston, un bon puzzle avec une pointe d’arcade ou encore bon shoot’em up des familles. Je n’ai jamais joué à un Metal Gear Solid, cela ne m’a jamais tenté, car je n’accroche pas aux histoires, aux présentations ou style de jeu, pourtant on entend souvent dire que ce sont de très bons jeux et qu’un “vrai joueur” doit s’y essayer. Ranafoute, ça ne me tente pas du tout et je peux comprendre le plaisir qu’un tire certains, mais ce n’est pas pour moi. De même, quelqu’un qui aime les films de séries B avec des mecs baraqués jusqu’au cou n’aura sûrement pas envie de passer 3 heures devant Titanic à voir Di Caprio tourner autour de Winslet… et inversement. Il faut donc bien comprendre que chaque joueur a sa propre expérience, sa propre vision du jeu et on ne peut absolument pas faire de généralité dans ce domaine.

Quant au support, il a toujours été varié et a permis la création de jeux par rapports aux limites imposés par le matériel. Pourtant, on a vu plusieurs jeux être adaptés sur divers supports avec plus ou moins de réussite, et avec cela, la frustration de certains joueurs de ne pas pouvoir s’essayer correctement à un jeu sur leur machine. Si le Shinobi de la Master System était agréable à jouer, il était bien différent de la version Arcade d’origine, et ne parlons pas de la version Spectrum. Parfois (encore aujourd’hui), les licences permettaient tout et n’importe quoi, le nom d’un jeu/film étant souvent suffisant pour vendre une merde. Si les versions Amiga 500 ou Atari 520 ST d’un jeu, à la fin des années 80, étaient souvent différentes, dû au limitations techniques des machines (16 couleurs contre 32, 3 voies audio contre 4, 7MHz contre 8MHz, …) le plaisir, lui, était là et le reste n’était que le fruit de l’imagination des défenseurs bornés d’une machine face à l’autre (Car tout le monde sait que l’Atari était bien meilleur au final ;) ). L’uniformisation des versions d’un jeu au travers de ses supports n’est pas le résultat d’un manque de volonté de la part des créateurs/distributeurs, mais le signe que le matériel permet aujourd’hui, plus facilement, de fournir à chaque joueur, la même chose que son voisin qu’importe qu’il soit sur PC, Mac, X360 ou PS3. Il en va de même pour les téléphones intelligents et les tablettes, même si le marché est encore branlant. Et puis, il y aura toujours des versions spécifiques ou des jeux uniques à un support, pour stimuler un peu plus le possesseur du dît support ou son voisin qui cherche une bonne excuse pour en faire l’acquisition.

6 couleurs qui dépotent mon pote !

J’aime les jeux rétro car, pas la peine de se le cacher, j’y retrouve des sensations que j’ai connu gamin ou adolescent et c’est ce que je veux retrouver et partager. J’aime les jeux rétro car j’aime avoir une cartouche plastique dans les mains, souffler dans l’objet, l’insérer dans son antre, entendre des sons qui craquent en m’abîmant les yeux sur des couleurs limitées mais flashy. De la même façon, j’aime acheter des vinyles et des CDs, ou encore des livres que je feuillette délicatement. Et tous ces supports ont connus leurs années de gloires et leurs décadences (venues ou à venir), pourtant, ils n’ont jamais complètement disparu. De nombreux vinyles sont encore pressés à travers le monde et l’on trouve encore énormément de CDs dans les rayons des magasins. Certains livres vont sûrement disparaître pour laisser place à leurs versions digitales, mais les belles reliures auront toujours pignon sur rue. Et surtout, le plaisir reste là. Je pense qu’il en sera de même pour un certain nombre de jeux vidéo et la seconde vie des anciennes générations, en Amérique du Sud entre autres, tend à aller dans ce sens. Si le jeu vidéo venait à être entièrement digital, c’est que c’est son destin. Qu’importe le support, on est loin des guerres Atari/Philips/Mattel ou encore Nintendo/SEGA, ce qui nous importe c’est le plaisir que peut nous procurer le jeu que l’on a entre les mains, c’est la joie de se lancer dans une nouvelle aventure ou de tenter de battre un nouveau record, c’est l’envie d’y revenir et de le partager et surtout, c’est le souvenir qu’il va nous laisser, comme un bon film au cinéma ou à la TV, comme un bon bouquin seul dans son lit ou dans le métro, comme un morceau de musique sur une vieille K7 ou dans une soirée mémorable. Bref, ce n’est pas le support qui importe dans le jeu vidéo, alors passons outre ces considérations matérielles d’un autre temps et concentrons-nous sur le plaisir une bonne fois pour toute en faisant comprendre aux “majors”, comme le dit finalement Cyril, par nos achats, ce que l’on désire réellement ressentir en lançant une partie.

En attendant, je vais retourner jouer à Streets of Rage sur mon SEGA Activator

PS : Merci, bien évidemment, à Toy et à Nerdalors, de me laisser cet espace d’expression. Et merci à Cyril Drevet pour son travail passé, présent et à venir !

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Commentaires (1)

 

  1. SoPa1978 (4 commentaires) says:

    Ne voyant rien venir et suite à un Tweet de Cyril Drevet, je me permets de copier ici le contenu de sa réponse à mon article via Facebook :
    “Cédric, comment peux-tu ne pas comprendre que mon titre n’est qu’une allégorie pour pointer du doigt les dérives du jeu vidéo ? Et pourquoi tu ne veux pas comprendre que comme toi je milite pour la diversité du JV mais que celle-ci est mise à mal par la “casualisation” à outrance qui gagne du terrain ? Et pourquoi vous ne voulez pas comprendre qu’en réagissant à l’arrivée massive des mobiles dans le JV, Sony, Nintendo, et Microsoft sont en train de pervertir leurs machines pour tenter d’y résister, au dépend des gamers ? Enfin, sur la dématérialisation: sans l’empêcher, cela serait idiot car c’est une évolution intéressante, il faut tout faire pour qu’elle ne se généralise pas, car les éditeurs n’attendent que ça pour nous faire payer plus que de raison et surtout : nous faire payer en permanence sans que nous n’ayons plus aucun contrôle… Et je salue la qualité de ta réponse, contrairement à d’autre, à mon post (même si tu l’auras compris ci-dessus je ne suis pas d’accord avec toi), tu prouve à certains que l’on peut débattre et avoir des points de vue différends dans le respect de chacun.”

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